Russie, bien plus de croissance qu’il n’y paraît !

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« Doubler le PIB en 19 ans  n’est pas un objectif si ambitieux que ça »

La Russie est le plus grand pays du monde avec 17 millions de km2 (soit plus de 31 fois la France), comprenant quelques 150 millions d’habitants (Crimée comprise) et cumulant en 2014 un PIB d’environ 2300 milliards de dollars USD. Bien qu’ayant connu une récession pendant 2 ans à la suite des évènements en Ukraine en 2014 (marqués par les sanctions économiques de la part de l’UE et des USA), la Russie montre depuis 3 trimestres une croissance de son PIB (1,4% en Avril 2017). Cette croissance n’est que de 1,4% dans la mesure ou les prix du pétrole restent bas. Si le marché du pétrole remonte, la croissance de pays n’en sera que plus importante. Un article de Russia Beyond the Headlines parût le 17 Janvier 2017  précise : « Les économistes Pavel Trounine et Evseï Gourvitch, affirment qu’à moyen terme, la croissance s’élèvera à 2–2,5%, mais en 2025–2030 atteindra 4–4,4% d’après le document cité par le quotidien RBC. Doubler le PIB en 19 ans « n’est pas un objectif si ambitieux que ça », estiment les économistes. »

De vieux problèmes persistent…

La Russie souffre de plusieurs problèmes qui perdurent depuis des décennies, et pour renouer avec la croissance il a fallut et il faut encore faire les réformes structurelles tant réclamées. Les problèmes du pays n’ont jamais vraiment changé, il s’agit principalement de la corruption qui encore présente (quoi que largement diminuée comparée aux années précédentes), du manque d’investissement (notamment dans les infrastructures de communication), de la démographie faible, des lacunes dans l’administration publique et de la fuite des capitaux. La dépendance de la Russie dans des secteurs économiques saturés (pétrole, gaz, métallurgie) sont-aussi parmi ces problèmes.

Les conséquences des sanctions, 

« Certains secteurs, sous le coup des sanctions occidentales ont vu leurs chiffres d’affaires véritablement exploser»

La récession, qui a été plus faible que prévue, nous a clairement montré que la Russie dispose d’autres secteurs plus solides et hautement compétitifs (l’armement, l’agroalimentaire ou encore les nouvelles technologies et l’automobile). Certains secteurs, sous le coup des sanctions occidentales ont vu leurs chiffres d’affaires véritablement exploser , c’est le cas de l’agriculture du blé par exemple (le pays devenant leader devant les Etats-Unis). Alors que certaines exploitations dépérissaient sous le coup des produits importés de l’UE, plus appréciés des russes, l’embargo alimentaire a permis non seulement de rééquilibrer le jeu, mais aussi de jouer nettement plus en faveur des exploitations nationales.

Carte indiquant le potentiel agricole de l’espace russe.

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L’exemple des pommes belges.

C’est justement en tant que belge que je reprends le cas des pommes belges importées en Russie. Ces dernières sont très appréciées des consommateurs russes, au dépend des pommes russes, mais comme plus aucune pomme belge n’est importée en Russie, cela joue d’office en faveur des exploitations du pays. Ces exploitations se substituant aux fournisseurs de pommes belges. A cause des sanctions, la Belgique verra son secteur de la pomme négativement affecté, au dépend des producteurs belges. Ces derniers voyaient dans la Russie leur principal client depuis des années. En un sens, c’est ce type de mécanique qui a contribué à limiter la casse en Russie (et non pas en Belgique dans cet exemple). L’Europe avait déjà une agriculture qui se portait au plus mal et voilà que le secteur agricole perd l’un de ses plus gros clients à l’exportation. L’argument « les politiciens sont déconnectés de la réalité » porte ici tout son sens puisqu’ils ont préféré agir par idéologie plutôt que dans l’intérêt général ou dans la pragmatique.

Pomme pink lady - Tous les produits pommes & poires - Prixing

Une baisse de la dette extérieure.

Les sanctions ont indirectement permis de faire passer la dette extérieur de la fédération à 521 milliards de dollars USD contre 725 milliards avant les sanctions. La fuite des capitaux reste un gros problème pour le pays mais s’est révélée 2 fois plus faible en 2015 qu’en 2014. Si cette dynamique se poursuit encore, ce serait un problème de plus qui pourrait être réglé… grâce aux sanctions… Quelle ironie !

Les russes moins riches ?

Mais ces sanctions ne sont pas pour autant une bonne nouvelle, bien loin de là… L’inflation annuelle s’est élevée à plus de 12% et les revenus et salaires des russes ont baissés de respectivement 4 et 9% entraînant une baisse de la consommation (même si les revenus réels ont certes moins baissé que les salaires).

« …les entreprises russes ne voudront plus s’endetter à l’étranger… »

Le rouble s’est déprécié de plus de 20% de sa valeur, des mécanismes très importants au développement de l’économie ont donc été affectés. Quand une entreprise contacte un prêt il n’est pas rare qu’une fois la dette arrivée à échéance, elle en contracte un autre pour rembourser ses précédentes obligations. C’est ce type de mécanisme qui est affecté. Les entreprises et les banques russes vont devoir se désendetter massivement, les sanctions empêchant ces acteurs de se refinancer normalement. Cela provoque de nombreuses sorties de dollars et cela contribue très largement à la baisse du taux de change. La fin des sanctions occidentales devrait diminuer la pression. Mais le « traumatisme » a été fait, les entreprises russes ne voudront plus s’endetter à l’étranger, les risques étant beaucoup trop élevés. Ces entreprises et ces banques vont changer à 180 degrés leurs stratégies financières et il y aura un revirement massif et continu vers l’intérieur du pays entraînant à la fois de bons et de mauvais effets. Cette carte, à titre subsidiaire, indique les places financières russes (on devine quelles seront les régions les plus touchées par ces changements) :

Processus de métropolisation dans l’espace frontalier post ...

Qu’en est-il de l’industrie ?

« La dépréciation du rouble favorise le pivotement de l’industrie russe vers des productions de plus en plus complexes »

Russia Beyond The Headlines insiste dans son article du 17 Janvier 2017 que ; « Par ailleurs, il est évident que la dépréciation du rouble correspond à une subvention de fait à l’industrie, que ce soit sur le marché intérieur ou sur les marchés d’exportations. La hausse des exportations de biens manufacturés, mais aussi de biens « immatériels » l’atteste. Cette hausse a été importante en 2015. Ainsi, les entreprises qui produisent des logiciels ont triplé leurs exportations (pour un volume de 7 milliards de dollars), et les exportations de produits chimiques et machines ont augmenté sensiblement. La dépréciation du rouble favorise le pivotement de l’industrie russe vers des productions de plus en plus complexes et elle accélère le processus de diversification de la production que le gouvernement veut mettre en œuvre. Ce changement est en train d’avoir des conséquences profondes sur l’économie. Les producteurs russes gagnent désormais des marchés, que ce soit en Russie, face aux produits importés, ou à l’exportation. Et cela se traduit par une poussée de l’investissement dans certains secteurs comme les équipements électrotechniques (+30%), la chimie (+23%), les constructions mécaniques (+18%) ou les matières plastiques et le caoutchouc (+15%). Ces chiffres sont importants, car ils indiquent que c’est l’industrie russe toute entière qui, du fait de la dépréciation du Rouble, est en train de se moderniser et de se transformer. »

Cursus commun en sidérurgie envisagé entre l'Algérie et l'Autriche ...

Hydrocarbures et investissements.

Quant au secteur des hydrocarbures, il devrait continuer à progresser même si sa part dans l’économie devient moins importante. Le niveau de production en 2016 a été un record avec pas moins de 11,2 millions de barrils produits par jour et ce malgré un manque de capacité. La Russie multiplie les forums économiques comme par exemple à Yalta et à St Petersbourg récemment. Les investisseurs étrangers ont été séduits par 205 projets en Russie. Lors du forum, Vladimir Poutine à indiqué : « Nous pouvons dire d’ores et déjà que l’économie vit actuellement une nouvelle étape de redressement. Les ventes de voitures et les crédits hypothécaires sont en hausse : or ce sont les grands indices de la reprise économique ». Ceux qui investissent en Russie restent des allemands et des américains principalement, qui ont respectivement augmenté leurs investissement de 19 et 31% chacun (malgré les sanctions).

Explosion du nombre de puits de pétrole abandonnés en Alberta | ICI ...

 

Sources :

donnees.banquemondiale.org/pays/federation-de-russie

diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/russie/presentation-de-la-russie

http://www.coface.com/fr/Etudes-economiques-et-risque-pays/Russie

fr.rbth.com/economie/cap_sur_le_marche_russe/les_secteurs_qui_cartonnent/2016/02/20/lagro-industrie-russe-un-secteur-a-fort-potentiel-pour-les-francais_569605

fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_la_Russie

fr.rbth.com/economie/2017/01/17/la-russie-peut-elle-doubler-son-pib-en-18-ans_682538

fr.sputniknews.com/russie/201512221020470941-russie-nombre-record-touristes

fr.rbth.com/economie/2017/06/05/moisson-de-contrats-au-forum-de-saint-petersbourg_776570

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