Qui est Recep Tayyip Erdogan ? 2e partie : Son rôle dans le conflit syrien

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« Erdogan est un personnage que l’on peut qualifier de girouette, il n’agit que dans ses intérêts personnels. Il est prêt à agir tant du côté russe que du côté américain notamment sur la crise syrienne. Favoriser la paix en Syrie ne semble pas être son objectif du fait qu’il ait laissé sa frontière totalement ouverte à tous les terroristes syriens et ce, depuis le début du conflit. A l’époque les occidentaux étaient derrières… » indiquait à Presstv Philippe Hugon, reporter de guerre. 

« Il fallait combattre par tous les moyens le régime syrien qualifié de « totalitaire »… Erdogan avait parié sur un renversement rapide du président syrien ce qui prouve la méconnaissance des turcs sur le dossier syrien. » Voyant qu’il a perdu sur tous les plans (aussi bien  militaires que politiques), le sultan cherche aujourd’hui à avoir d’une part Assad à ses côtés et d’autre part les faveurs de Téhéran et de Moscou (en multipliant les échanges commerciaux/ stratégiques/ militaires etc…). Il va complètement modifier ses relations diplomatiques avec la Syrie, mais ceci n’a rien du tout de sincère d’après Philippe Hugon.

« L’intervention qu’Erdogan a fait au nord de la Syrie a permis de consolider ses frontières et surtout d’éradiquer les kurdes sous prétexte de la « lutte » contre Daesh. Ce n’est pas pour lutter contre le terrorisme qu’Erdogan est intervenu au nord de la Syrie. Depuis le coup d’état raté, il a éliminé beaucoup d’opposants, dont les kurdes. Et l’Iran et la Russie savent très bien qu’il ne faut pas compter sur la loyauté du président turc ».

Actuellement, la Turquie redoute que les combattants kurdes qui contrôlent déjà une grande partie du nord de la Syrie n’étendent leur influence à la quasi-totalité de la zone frontalière turco-syrienne. La crainte à ce sujet serait de voir le Kurdistan autonome irakien fusionner avec les autres factions kurdes de la région et voir se former réellement  un nouvel Etat (plus important que le Kurdistan actuel). Alarmée par cette possible expansion, la Turquie, qui s’est investie dans le soutien à la guerre contre la Syrie d’Assad pendant près de cinq ans, bombarde donc quotidiennement les positions kurdes.

Moyen-Orient: En situation de force, les Kurdes de Syrie déclarent ...

« L’unique objectif d’Erdogan est de combattre les Kurdes du PKK en Turquie et leurs alliés en Syrie qui étendent actuellement leur territoire le long de la frontière turque », estime l’analyste Kadri Gürsel, interrogé par l’AFP. « Pour combattre les Kurdes de Syrie, la Turquie a utilisé les djihadistes comme un outil, en leur ouvrant sa frontière, en créant ce que j’ai appelé une autoroute du jihad, poursuit ce journaliste d’opposition au régime Erdogan. La Turquie a offert à l’Etat islamique son seul accès au monde extérieur ».

Par ailleurs, Damas sait mieux que quiconque le rôle majeur qu’à joué la Turquie dans le processus de déstabilisation du pays. Cette dernière ayant servit de véritable base arrière aux combattants de l’EI, d’Al Nosra etc… La frontière turque bénéficiait notamment des activités commerciales avec les terroristes. Cela est facilement prouvable, surtout depuis les premiers bombardements russes sur les colonnes de camions citernes de l’EI allant vers la frontière turque. Ces colonnes (ci-dessous) étaient de véritables oléoducs vers la Turquie, seul pays du Moyen-Orient sans grande réserve d’hydrocarbure exploitée (les découvertes en Méditerranée n’étant pas encore exploitables).

... pétrole vers la Turquie par l'EI -- Les Maîtres du Monde -- Sott.net

Dès lors, une partie du pillage de la Syrie peut être attribué à la politique d’Erdogan. Ce dernier recevant à bas prix le pétrole de l’EI, il n’avait plus qu’à le revendre aux prix du marché à l’Ukraine et à certains pays de l’UE, puis faire blanchir l’argent… Alors que la Russie ferme le robinet des hydrocarbures contre certains pays de l’UE, le pétrole du marché noir était devenu une aubaine pour beaucoup de pays se sentant affectés par le « chantage russe ». Le président turc a joué un très grand rôle dans ce gigantesque trafic.

Poutine le sait, Rohani le sait, mais voyant la Turquie s’éloigner de l’OTAN, il y a une opportunité à saisir plutôt que de perdre des liens avec cet acteur clé (bien que largement contestable). Souvenons nous des tensions avec les Etats-unis en été 2016 autour de l’épisode de la base d’Incirlik. La Turquie n’est plus tellement l’outil de domination américaine dans la région…

D’autant plus qu’en alignant progressivement Erdogan sur la ligne russo-iranienne, il y aurait la possibilité de neutraliser un acteur important de l’OTAN qui agissait contre les forces gouvernementales syriennes (et parallèlement aux intérêts russo-iraniens). Ce serait un coup de poker contre les occidentaux.

La position de la Syrie face à la Turquie :

Selon Fars News, le ministère syrien des Affaires étrangères a réagi aux agressions expansionnistes de la Turquie dans ce pays. Une source du ministère syrien des affaires étrangères a annoncé que les politiques agressives et les illusions expansionnistes du régime d’Erdogan dans le territoire syrien contredisent d’une façon flagrante le droit international et les résolutions du Conseil de sécurité.« La nouvelle agression turque contre les zones d’Izaz, de Jebrine et d’Ekhterine, dans la banlieue nord d’Alep, s’inscrit dans le rôle destructeur que joue le gouvernement turc en Syrie », rapporte l’agence de presse SANA citant le ministère syrien des Affaires étrangères. Selon Damas, ces agressions ont fait de la Turquie un des principaux soutiens du terrorisme et des complots contre la Syrie, ce qui menace sérieusement la sécurité et la stabilité régionale et internationale.

Damas a également réitéré que le gouvernement syrien avait à maintes reprises mis en garde contre les politiques dangereuses du régime turc et a appelé la communauté internationale à mettre le holà aux agissements délétères de la Turquie. Le ministère syrien de la Défense a également ajouté que la nation et les forces armées syriennes étaient déterminées à défendre leur territoire et à affronter le terrorisme takfiriste soutenu et parrainé par le régime turc.

Dans une interview accordée à Sputnik en avril 2016, Bachar al Assad disait : « …. il (Erdogan) soutient directement les terroristes. Il leur permet de se déplacer sur le territoire turc, d’effectuer des manœuvres avec leurs chars. Il les finance via l’Arabie saoudite et le Qatar, et via la Turquie, bien sûr. Il achète le pétrole volé par Daech, tout en effectuant des tirs d’artillerie pour aider les terroristes contre l’armée syrienne quand cette dernière progresse. Il envoie des combattants turcs pour se battre en Syrie, et cela continue. L’attaque contre l’avion russe dans le ciel syrien a également été une agression contre la Syrie, car l’avion a été abattu dans son espace aérien souverain. »
Daech contre-attaque en Syrie avec le soutien de la Turquie ...

Une alliance syrienne et kurde contre la Turquie et l’EI ?

Robert Fisk, journaliste de The Independant se concentre sur les récents combats dans la périphérie de Raqqa, où l’armée syrienne et ses alliés ont réussi à encercler les terroristes de Daech et écrit : « après la large progression de l’armée syrienne et de ses alliés dans la banlieue de Raqqa, certaines informations font état de la formation d’un « QG conjoint » impliquant à la fois les Kurdes de Syrie et l’armée syrienne. Ce QG se trouve situé dans les déserts de l’est de la Syrie et a pour mission de « coordonner les efforts de guerre anti-Daech des Kurdes et de l’armée syrienne ». Fisk localise ce QG qui se situerait dans un village, plaqué en plein désert et où travaillent  » de jeunes officiers kurdes, les officiers syriens ainsi que les forces tribales syriennes ».

La présence de l’armée syrienne aux côtés des Kurdes et des tribus arabes syriennes, jette le plus grand doute sur la version que les Américains vendent sans cesse au sujet de leur coopération avec les Kurdes : cette version voudrait faire croire à une « profonde rivalité entre les Kurdes qui les empêcherait de coopérer avec l’armée syrienne ». Or, affirme Fisk, « j’ai rencontré un officier kurde qui a affirmé sous couvert d’anonymat se battre dans le même camp que l’armée syrienne contre les terroristes de Daech ». Citant toujours ce combattant kurde, Fisk affirme :  » Deux semaines après l’attaque-éclair de l’armée syrienne contre Daech dans l’ouest de Raqqa, le QG en question a été créé pour éviter des frappes par méprise des avions russes contre les positions des FDS. Outre ce QG situé en plein désert de Syrie, il existe un autre centre de Commandement conjoint armée syrienne/FDS, situé cette fois à Afrin (ville qu’Ankara s’apprête à attaquer dans les jours à venir) ».

Comprendre le rôle du parti kurde dans le conflit syrien

Cité par Fisk, le combattant kurde affirme « se voir dans le même camp que l’armée syrienne dans la lutte contre Daech ». Selon le journaliste britannique, « cette nouvelle relation qui se crée entre les Syriens et les Russes d’une part et les Kurdes de l’autre montre à quel point Washington et Moscou sont déterminés à éviter une confrontation sur le sol syrien ». Mais cette information pourrait être commentée autrement : méfiants à l’égard des Américains, les Kurdes de Syrie semblent rechercher un allié sûr sur qui compter : face à la perspective d’une intervention kurde dans le nord de la Syrie, et surtout à Idlib, les Kurdes ne pourraient réellement faire confiance aux Américains. Ce serait donc vers Damas et leurs alliés, qu’ils auront intérêt à se tourner. Or cette alliance Damas-Kurdes syriens n’a rien pour plaire à la Turquie d’Erdogan.

 

Sources :

youtube.com/watch

https://www.youtube.com/watch?v=CcesT9nXs3M

presstv.ir/DetailFr/2017/07/06/527609/Damas-sen-prend–Erdogan

presstv.ir/DetailFr/2017/07/26/529736/Syrie-Erdogan-doubl-par-la-Russie

fr.sputniknews.com/international/201604011023859764-assad-turquie

fr.sputniknews.com/international/201607171026746210-turquie-commandant-incirlik-putschiste

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