La Chine en Afrique ; Un nouvel empire colonial ?

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Récemment, la Chine a ouvert sa première base militaire en Afrique à Djibouti. Cette base est d’une grande importance stratégique. Mais cette dernière se situe dans une perspective beaucoup plus vaste, celle d’un nouvel empire colonial !

Elle va permettre de protéger les routes commerciales, contrôler l’approvisionnement énergétique, accéder tant à l’Afrique qu’au Moyen-Orient etc… Depuis des années maintenant, l’Empire du Milieu poursuit son expansion en Afrique. C’est sur ce vaste continent que le pays compte miser. Mais c’est aussi sur ce continent qu’un empire colonial de plus va se développer, cette fois-ci, celui de la Chine, au détriment de l’Occident qui en avait le monopole jusque là. Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle pour les africains ? Analyse

Les particularités de la colonisation chinoise

Une colonisation, ce n’est jamais quelque chose de bien vécu par la population. Maltraitance, pauvreté, esclavage, tout y est, et cela ne changera probablement jamais. C’est une question de pouvoir et surtout d’argent. La Chine ne déroge pas à la règle, bien qu’elle compte s’y prendre autrement.

Alors que les anciennes puissances coloniales comptaient sur la main d’oeuvre locale, la Chine, opte plutôt sur la venue de sa propre population, qu’elle importe en masse sur le continent noir. La population chinoise s’installe, la langue se répand et même des villes nouvelles y sont créées. Bien que ne faisant pas systématiquement ce remplacement des ouvriers africains par les ouvriers nationaux, la tendance à le faire est nettement plus forte de la part des chinois que chez les colonisateurs européens.

Le but des entreprises chinoises en dehors du profit, est de s’affranchir purement et simplement des barrières liées au communisme en Chine. L’Afrique étant un no man’s land juridique dans le domaine, cela permet de saisir d’excellentes opportunités pour se développer plus rapidement qu’ailleurs.

Ci-dessus, un exemple parmi tant d’autres de l’implantation chinoise en Afrique. Cette ville nouvelle a été créée en Angola en plein milieu du désert.

Dans certains cas, la Chine compte sur la main d’oeuvre locale, mais les conditions y sont très dures. Beaucoup d’entrepreneurs chinois sont des anciens du parti communiste ou ont fait leur service militaire, cela se voit totalement à la manière dont les établissements sont gérés : de véritables armées (allant jusqu’à des slogans de propagande en chinois sur les murs, alors qu’ont est en Afrique !).

Les ouvriers, en Chine, commencent à avoir des droits, leurs fiches de paye augmentent progressivement, tout comme les systèmes de sécurité sociale (+ les syndicats). Cela ne plaît guère aux grands groupes industriels du pays, envieux de détenir une main d’oeuvre servile et bon marché. Ils ont bien compris que l’Afrique leur offrait une parfaite alternative.

Au delà de ce point de vue, la Chine construit une nouvelle étape dans ses projets de puissance. En détenant l’Afrique, ils peuvent y réduire l’influence occidentale. A terme, cela permettrait d’inverser la tendance sur qui tient le robinet des matières premières ! Ce serait pour Pékin une excellente revanche sur les occidentaux jusque là désireux de créer un ordre mondial rien qu’à leur image (souvenons nous de l’article précédent : vpolitique.com/quest-nouvel-ordre-mondial).

La Chine engage lentement mais toujours surement sa révolution géopolitique et personne ne semble s’en rendre réellement compte.

Bâtir une nouvelle Afrique avec les chinois ? Les avantages…

La Chine s’acharne à renforcer ses positions en Afrique. Le chiffre d’affaires des échanges extérieurs entre la Chine et l’Afrique est passé d’environ 20 milliards de dollars en l’an 2000 à 200 milliards en 2012, soit 10 fois plus ! Par ailleurs, les investissements chinois directs en Afrique se sont chiffrés à 20 milliards de dollars en 2012 et le nombre des sociétés chinoises opérant sur le continent se monte à 2000. Pékin accorde volontiers aux pays africains des crédits bonifiés et reçoit en contrepartie l’accès aux ressources souterraines du continent Noir, cependant que les sociétés chinoises mettent la main sur les gros projets d’infrastructure.

Les investissements chinois en Afrique : opportunité ou menace pour ...

La Chine est le principal acteur sur le continent africain et elle gagne rapidement en force et en influence par rapport aux acteurs traditionnels comme l’UE, la Russie et les États-Unis. La Chine est un partenaire jeune et dynamique des pays africains et du continent dans son ensemble et semble plus dynamique que les autres acteurs de ce processus.

Par contre, il faut noter que la coopération entre la Chine et l’Afrique ne se limite pas à l’économie. En effet, les départements de l’Institut Confucius, considéré comme le principal vecteur du « soft power » chinois, opèrent dans 22 pays africains. Dans le même temps, des milliers d’étudiants africains bénéficient de bourses et suivent une formation en Chine. Par conséquent, d’ici quelques années les élites africaines pourront librement communiquer avec leurs partenaires chinois dans la langue de Mao. Tout cela témoigne du caractère stratégique de l’intérêt manifesté par la Chine envers l’Afrique.

Les dirigeants chinois planifient sur le long terme, en voyant tout ces efforts déployés, il y a fort à parier qu’ils comptent y rester pour longtemps.

La position de l’Occident

L’Occident a cette particularité encore fortement ancrée aujourd’hui de faire valoir ses intérêts par la force. Alors que la Chine mise essentiellement sur l’argument économique et politique. L’Occident n’hésitera pas à faire parler les armes si nécessaires.

Ainsi, si un pays africain décide de se tourner vers la Chine, ou du moins ne plus collaborer avec l’Occident, des foyers d’instabilités financés par l’Occident risqueraient d’apparaître. Les pays de l’OTAN pourraient également se renforcer dans la région notamment au niveau du nombre de bases militaires et de troupes au sol. Des pays africains à très fort potentiel comme la République Démocratique du Congo pourraient être encore plus divisés en raison des agissements des puissances occidentales en sous-main (financements de groupes terroristes, critique du régime encouragée, intervention contre un état souverain etc…), et tout cela pour éviter un basculement des pays africains vers les alléchants yuans chinois disponibles dès que des accords de coopérations sont signés…

Les forces françaises en Afrique

La position des africains

On pourrait croire que les craintes liées à l’expansion chinoise soit le seul fait des Occidentaux parce que les États-Unis et l’Europe se sentent incommodés par la puissance accrue de l’Empire du Milieu, alors que l’Afrique ne serait pas concernée du tout. Pourtant, l’activité de la Chine commence également effrayer une partie des élites africaines. Le président de la Banque centrale du Nigéria Lamido Sanusi accuse Pékin de mener une politique colonialiste. Selon lui, les Africains considèrent traditionnellement la Chine comme un pays en développement et lui font plus confiance qu’à l’Occident, quoique rien ne justifie plus depuis longtemps cette attitude.

L’avantage que les pays africains tirent du partenariat avec la Chine est souvent sujet à caution. Par exemple, les projets d’infrastructure sont réalisés en Afrique par les Chinois eux-mêmes, sans que les Africains bénéficient de nouveaux emplois.

Une vaste contestation anti-chinoise semble inévitable si Pékin ne change pas son « attitude » sur le terrain…

En fait, c’est principalement sur le plan social, politique et environnemental que l’intrusion de la Chine en Afrique pose le plus problème. En effet, les droits sociaux des travailleurs africains employés par les entreprises chinoises sont régulièrement bafoués (sous-payés, non reconnaissance des syndicats, etc.). Et les entreprises chinoises ne font preuve que de très peu de responsabilité sociale.

Du point de vue économique, tout est à nuancer… L’Afrique y gagne et y perd

Du point de vue du développement strictement économique, la présence de la Chine en Afrique est avantageuse pour cette dernière sous certains aspects. La demande chinoise dope les prix des matières premières, ce qui améliore les termes de l’échange et les recettes d’exportation des pays africains, et les nouvelles relations sino-africaines contribuent à réintroduire l’Afrique dans les flux internationaux du commerce formel, dont elle s’est trouvée à l’écart plusieurs décennies durant.

+708% d’échanges en plus entre la Chine et l’Afrique entre 2000 et 2009 !

Soulignons qu’au niveau de leur structure, ces relations économiques sino-africaines s’apparentent au commerce Nord-Sud (comme le Nord, la Chine entend sécuriser son accès aux matières premières) et par conséquent constitue aussi un lourd handicap. Concrètement, l’Afrique reste cantonnée presque exclusivement dans un rôle de fournisseur de matières premières (pétrole, minerais, bois, coton, etc.), ce qui a pour effet de renforcer sa place défavorable dans la division internationale du travail.

Pensons notamment aux investissements chinois dans l’agriculture (en particulier dans la production d’agrocarburants) qui ont tendance à favoriser le développement des monocultures d’exportation. Notons aussi que l’importation massive de produits chinois provoque le déclin du secteur industriel local, notamment textile, dans les rares pays où il a pu se développer (faillites en Zambie, Afrique du Sud, Cameroun, Gabon, Nigeria), malgré les tarifs préférentiels accordés par la Chine. Enfin, si les recettes budgétaires des gouvernements peuvent se trouver augmentées grâce aux exportations vers la Chine, se pose la question de la répartition de ces recettes (pour quelle usage/redistribution étant donné la dégradation de la gouvernance ?) et de la durée (combien de temps cela va durer étant donné que les ressources exportées sont pour une bonne part non renouvelables) ?

Sources :

Chronique du choc des civilisations, par A. Chauprade (livre)

franceculture.fr/emissions/affaires-etrangeres/lafrique-le-nouvel-empire-chinois

fr.sputniknews.com/economie/201305041022595716-les-chinois-sont-ils-les-nouveaux-colonisateurs-en-afrique

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