La Biélorussie, coeur stratégique de l’Europe Orientale ? Tour d’horizon

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Ce pays souvent décrié à tort par l’Occident comme la « dernière dictature d’Europe ». Mais quand est-il vraiment de la politique du pays, de sa géopolitique, de son économie et de la vie de ses habitants ? 

Quelques infos préalables :

La Biélorussie (ou Russie Blanche) est un pays d’Europe orientale ayant pour principaux voisins frontaliers, à l’ouest, la Pologne et, à l’est, la Russie. C’est un pays enclavé. Le Bélarus est une République présidentielle de 9 577 552 habitants (données de 2011) sur une superficie de 207 600 km2. La Capitale du pays est Minsk. Sa densité est l’une des plus faibles du continent avec 46 hab./km2. C’est un pays laïc où les religions principales sont le christianisme orthodoxe (75 %) et le catholicisme (20 %). Les langues officielles sont le biélorusse et le russe. La monnaie du pays est le rouble biélorusse.

Une grande stabilité politique :

Le pays est présidé par Alexandre Loukachenko (à droite ci-dessous) depuis 1994.

Les instance occidentales, notamment l’OSCE, l’UE et le Conseil de l’Europe ont toujours critiqué les résultats de toutes les élections qui ont eu lieux dans le pays. Le pays est pourtant l’un des plus stables au monde.  Il est un des rares pays de l’ancien bloc de l’Est à avoir échappé aux révolutions oranges téléguidées par l’Occident (surtout par le milliardaire Georges Soros). La personnalité forte du président a toujours eu l’effet de maintenir cette stabilité et cela fait déjà quelques temps que la population semble s’y accommoder. Les pays de l’est ont toujours eu cette particularité d’avoir une population portée par la pragmatique plutôt que par l’idéologies dite « des libertés universelles » et autres babioles de vitrines. Dès le moment ou la population s’accorde à être majoritairement en faveur du pouvoir en place et semble être heureuse des résultats, il ne s’agit en aucun cas d’une « dictature ». Bien entendu, la Biélorussie n’est pas non plus un paradis et ses problèmes, comme beaucoup de pays, sont assez nombreux.

Ci dessous, le parlement biélorusse :

Qui dit stabilité politique, dit économie robuste :

Le pays a eu l’immense chance, lors de l’effondrement de l’URSS, de ne pas avoir subis les grandes vagues de libéralisations à l’image de la Russie antérieure à V. Poutine. En effet, la Russie Blanche a su conserver la plupart de son arsenal industriel et donc de son développement. En revanche son économie souffre d’une corruption endémique (123e rang sur 176… quoi qu’en diminution par rapport aux années précédentes), d’une population légèrement en baisse (-0,4%/an) et surtout d’aucun accès à la mer.  La Biélorussie a une économie qui est encore qualifiée de transition du fait qu’elle soit fortement administrée. Néanmoins, c’est un pays qui a adopté dès 1991 de profondes réformes structurelles qui peuvent expliquer en partie aujourd’hui un taux de croissance positif et un bon niveau de vie. Les conditions de vie de la population se sont nettement améliorées grâce aux énormes contrats signés avec le voisin russe. Le pays reçoit le pétrole russe à très bas prix pour sa consommation intérieure mais dispose aussi des moyens de l’exporter plus cher en Europe occidentale. Plus d’un 1/3 de l’économie dépend de cette manipulation « import-export ».

Les plus gros pipelines russes, dont le célèbre « Yamal » passent par la Biélorussie. Cette carte nous montre avec précision en quoi la Biélorussie est un vecteur très important pour les exportations d’énergie vers l’Europe.

Le taux de croissance a ralenti en 2012 après plusieurs années de fortes hausses (7.6 % en 2010 et 5.3 % en 2011). Il était de 1.5 % en 2012 à cause des effets de la contraction économique dans la zone euro, mais aussi d’une croissance en baisse en Russie dans les premiers mois de sanctions dues à la crise ukrainienne. Cependant, d’après le FMI, la croissance devrait repartir grâce à une augmentation de la consommation privée encouragée par des hausses de salaire et une reprise de l’investissement. Quand à l’inflation elle est élevée, mais baisse tous les ans.

70% du PIB dépendent de l’Etat mais le secteurs privé (notamment le tertiaire) monte années après années. Quand à l’agriculture, elle reste importante et permet une certaine autonomie alimentaire :

Russie ou Europe ? 

Le pouvoir en place fait face de manière régulière à des actions très médiatisées à l’étranger menées par l’opposition. En réalité ces vagues de protestation sont peu importante sur le terrain. Ces opposants réclament une transition démocratique, une intégration à l’Union Européenne et le départ du Président. Cette opposition croît d’année en année mais reste assez faible comparé aux voisins russe et surtout ukrainien (ce dernier marqué par la guerre civile depuis 2014).

Depuis l’élargissement de 2004, la Biélorussie est frontalière de l’Union européenne (UE). Pourtant, contrairement à l’Ukraine et à la Moldavie, l’État biélorusse ne s’est pas donné pour objectif d’adhérer à l’UE. La Biélorussie a préféré les projets d’intégration portés par Moscou. Dans le même temps, le pouvoir biélorusse insiste de manière constante sur son refus d’un modèle qui serait imposé de l’extérieur par les institutions occidentales. Cette relation particulière au processus de construction européenne est le plus souvent réduite à la seule question du régime politique « néo-soviétique » dirigé par Alexandre Loukachenko depuis 1994.

Pourtant, au-delà du régime en place, il s’agit de s’interroger sur les représentations de la société biélorusse au sujet de l’Europe et de ses institutions. Celles-ci sont fortement conditionnées par l’évolution d’une identité biélorusse marquée par un fort degré de russification. Or, si le référent national semble être de mieux en mieux intégré par les Biélorusses, l’idée d’une « identité européenne » en tant que référent supra-national est loin de faire l’unanimité tant elle semble entrer en concurrence avec l’idée d’un espace civilisationnel russo-centré. De fait, au-delà du cas biélorusse, la question se pose des limites de « l’identité européenne » dans cette partie de l’Europe orientale, comme l’illustre la volonté de rester russe l’est de l’Ukraine.

La Biélorussie est depuis 1991 et la chute de l’URSS tiraillée entre le monde occidental (Union Européenne et les États-Unis en tête) et la Russie, un allié et un pays frontalier. Ces deux espaces n’ont de cesse d’essayer d’influencer/de rallier les autorités biélorusses à leur cause. Les aspects géopolitiques et géostratégiques sont très importants dans cette région du monde. Cette rivalité explique les tensions persistantes. L’opposition au régime en place s’appuie sur des relais importants à l’étranger (les réfugiés politiques notamment) financés par les États-Unis. Il existe à Vilnus, en Lituanie, des camps de formation informatique créés pour les opposants qui ont pour but de former à l’organisation de l’action politique via internet et les réseaux sociaux.

On peut souligner que malgré les pressions du monde occidental, la Biélorussie reste stable mais apparaît de plus en plus isolée et dépendante de son grand frère russe. Cette dépendance est principalement énergétique comme il avait été indiqué plus haut. De plus, les sanctions économiques imposées par l’Union européenne et les États-Unis renforcent la détermination du Président Loukachenko de se rapprocher de Moscou, cela s’étant traduit par une grande participation dans les idées d’espace eurasien.

Depuis le début de la crise en Ukraine, un « dégel » diplomatique semble caractériser les relations entre les Européens et la Biélorussie. Depuis plus d’un an, des contacts diplomatiques se sont intensifiés. En se positionnant en tant qu’interlocuteur clé dans les négociations entre la Russie et l’Union européenne au sujet de l’Ukraine, la Biélorussie a ouvert une fenêtre d’opportunité dans ses relations avec l’UE, ce qui augmente son poids géopolitique. Les efforts déployés par le président Loukachenko pour contribuer à une solution diplomatique dans le conflit ukrainien et notamment l’organisation des sommets quadripartites de septembre 2014 et de février 2015 à Minsk ont plusieurs fois ouverts les possibilités d’une détente. Mais les résolution notamment celle prises lors des accords de Minsk ont été systématiquement bafoués par l’Ukraine.

Ci dessus, les pourparlers sur l’Ukraine à Minsk en 2015 (accords de Minsk I).

 

Sources :

geolinks.fr/geopolitique/fiche-risques-pays-bielorussie-2

russiegeopolitique.org/bielorussie

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